Archives Mensuelles: mai 2014

Rencontre avec Kévin Dié, l’un des plus gros collectionneurs français de Zelda.

Pour divers numéros du mook Pix’n Love, j’ai eu envie de mettre en avant des personnes qui se réapproprient le médium jeu vidéo  : Thibault Rabier et ses retouches en pixel via son blog Wild Sprites (Pix #19), Oskunk et son posca magique (Pix #21), sans oublier Vadu Amka et ses customs magnifiques (Pix #25). En parallèle, je voulais donner un peu de visibilité à des amis collectionneurs. Il y a eu Fabrice Heilig (Pix #22), un passionné de Nintendo qui collectionne les machines/objets/jouets depuis les débuts de l’entreprise. Une partie de sa collection a même servi à Florent Gorges pour son travail de fourmi – encore en cours – sur l’Histoire de Nintendo. Puis, j’ai voulu donner la parole à Kévin Dié alias Nyvek, l’un des plus importants collectionneurs français de The Legend of Zelda. Portrait.

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Le boulet de Ganon.

Kévin Dié (Nyvek ou Nyvek34 sur Internet) est un jeune trentenaire du sud de la France aimant le jeu vidéo dans son ensemble.  » J’ai toutefois un gros penchant pour la firme de Kyôtô et, bien entendu, la série de la Triforce « , confie-t-il. Se qualifiant lui-même de ‘joueur collectionneur’, il recherche en priorité tout ce qui touche à Nintendo ainsi que quelques grosses séries comme Resident Evil, Castlevania, Metal Gear et Silent Hill. Comme beaucoup, l’amour du jeu vidéo remonte à son enfance, période durant laquelle ses parents leur achètent, à son frère et lui, une NES. Il revient sur ce qui l’a amené à collecter ce qui touche à l’univers de Zelda.

 » J’ai toujours aimé cette série mais l’envie de collectionner m’est venue tout simplement vers mes 18 ans où j’ai eu envie de rejouer à la Super Nintendo et ses gros hits. J’en ai donc racheté une pour 200 francs en loose avec une dizaine de jeux. De fil en aiguille, j’ai eu envie d’avoir des titres de mon enfance (Zelda III et Secret of Mana en priorité) et des softs que je n’ai jamais eu l’occasion de tester par manque de moyen. Il faut dire qu’à l’époque, comme beaucoup d’enfants, c’était les parents qui finançaient les jeux. Je n’avais pas cet aspect ‘collection’ en tête à ce moment ; j’amassais juste des jeux. Le fait de rejouer à Zelda : A Link to the Past a fait resurgir des souvenirs de folie sur mon temps passé sur le jeu et bizarrement, les souvenirs des Zelda sur NES sont remontés. Avec le recul, je me suis rendu compte que cette série était vraiment magique, qu’elle m’extirpait de mon quotidien, me transportait littéralement. « 

Avec l’arrivée tardive d’Internet dans son village, Nyvek réalise que pas mal de personnes s’intéressent aux vieux jeux vidéo, dont Zelda. Il fouille la toile et découvre alors la folie des goodies parmi d’autres choses liées à la série.  » Il y avait notamment le collectionneur pit56 qui possédait déjà de nombreuses pépites. En voyant ceci, ma motivation pour me plonger plus sérieusement dans la collection Zelda a été boostée « , précise-t-il.

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Zelda Wind Waker : le Paris – Drakkar.

Quand on lui demande quels sont ses trois épisodes favoris, l’intéressé n’hésite pas bien longtemps.  » Mon coup de cœur serait A Link To The Past, sûrement celui que j’ai dû finir le plus de fois. C’était vraiment de la folie à l’époque avec les deux mondes. Après, je citerais Majora’s Mask car il a l’univers le plus sombre de la série et le plus décalé. Il cassait vraiment les codes de la série. Enfin, je mettrais Wind Waker pour sa touche graphique et son aventure marine. La mélodie d’introduction reste envoûtante et le coté exploration en bateau m’a plu, sans parler de toutes les quêtes annexes et de la connexion sympathique avec la Game Boy Advance. « 

Rares sont les collectionneurs qui connaissent la valeur de leurs collections. Nyvek lui-même n’a aucune idée de sa ‘valeur’ globale, les prix évoluant souvent avec les nouveaux collectionneurs et les vieux objets se faisant de plus en plus rares. Sa collection se veut constituée de jeux de toutes origines (US, PAL, JAP et certaines versions exotiques), mais également de nombreux goodies, objets promo, de pré-commande, des PLV, guides, consoles, etc.  » J’ai même aussi des bonbons Zelda « , plaisante-il. Selon lui, ses pièces les plus rares sont les coffrets Club Nintendo de Majora’s Mask et Oracle, ainsi que quelques consoles portables limitées à 1000 exemplaires (hors Zelda), dont une Nintendo DS Lite limitée à seulement 50 exemplaires.

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Son amour de Zelda lui a permis d’aller au-delà du cadre de la simple collection. Un voyage organisé par Pix’n Love il y a quelques années lui a permis de rencontrer Eiji Aonuma, producer émérite de la série.  » Pour un fan de la saga comme moi, ce fut vraiment un moment unique. C’est une personne très simple, extrêmement abordable. Bizarrement, même si on a bien sûr abordé la série, on a plus parlé d’autres sujets que de jeu vidéo. «  Sa collection a d’ailleurs franchi les frontières depuis que Florent Gorges l’a interviewé dans sa rubrique de Nintendo Dream, un magazine japonais sur les jeux vidéo.

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On s’en doute, à force d’entasser, il devient difficile de tout exposer. La plus grosse déception liée à sa collection est de ne pas pouvoir la voir tous les jours, celle-ci étant rangée dans des cartons dispatchés un peu partout dans sa maison.  » A l’avenir, je souhaite avoir une pièce dédiée « , conclut-il en souriant. En attendant, si une exposition sur l’univers de Zelda venait à être créée à l’avenir, nul doute qu’il aurait de jolies pièces à prêter afin de faire découvrir la série à tout un chacun.

(Sa page FB liée à sa collection : Nyvek no Densetsu.)

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[Concert] Le Super Castlevania Quartet vampirise la scène.

Le 3 mai dernier, le Super Castlevania Quartet se produisait dans le cadre de la dernière édition du Stunfest dont l’ami Neithan vous parlait par ici. De mon côté, j’ai eu l’occasion de voir cette jeune formation d’Amiens le 5 décembre dernier à l’Aéronef de Lille. Comme le concept du groupe m’a bien plu, j’en avais profité pour faire une petite interview. Rencontre.

ImageAllo Oui Cer Cueil.

Le Super Castlevania Quartet est un concert dans lequel le public peut participer en prenant la manette, créant de ce fait une osmose entre la musique et le jeu. L’objectif principal est de reprendre le plus fidèlement possible la bande son de Super Castlevania IV, un grand classique de la SNES sorti fin 1992 en Europe. Après de nombreuses répétitions et deux concerts nécessaires pour fignoler tous les arrangements rock, le groupe finit par jouer l’intégralité des morceaux du jeu en respectant l’ordre initial des niveaux.  » Lorsqu’on a réalisé qu’il était possible de projeter le titre en live derrière nous sur scène, j’ai mis la main sur un émulateur PC et une manette sans fil. C’est la seule méthode qui nous permet de sauter de sauvegarde en sauvegarde pour faire avancer le jeu au fil du concert « , confie le guitariste-claviériste Romain.

Habité par le jeu depuis ses 14 ans et transi par sa bande son, ce dernier est à la base du projet. Il s’entoure dans un premier temps du batteur Charles, avec qui il joue depuis une dizaine d’années dans le groupe de rock John Makay. Mais comme la formule manque de vie en tant que duo, les musiciens invitent Jeanne et Ludovic, respectivement violoniste et contrebassiste, à se joindre à eux. L’ajout de ces deux instruments permet alors de bien retranscrire l’aspect baroque des compositions originelles de Taro Kudô et Masanori Adachi.  » Pour nous, c’était important de rendre hommage à leur travail, car ils nous ressemblent beaucoup dans leur démarche artistique. Et puis, c’est une façon de mettre en avant autre chose que des thèmes de Mario, Tetris et Zelda qu’on nous ressort à toutes les sauces, même si j’aime beaucoup les reprises a capella de Smooth McGroove « , confesse Romain.

Une gousse d’ail : au lit ! 

Réputé difficile, Super Castlevania IV n’est évidemment pas réservé qu’aux potentiels pro gamers présents à leurs concerts. Charles avoue néanmoins que  » cela pourrait  être amusant et flatteur de jouer avec un joueur professionnel à l’occasion d’un speed run « . Et Jeanne d’ajouter :  » le concept est avant tout de permettre à un public non initié de s’adonner au jeu tout en écoutant la musique, et ce jusqu’à l’ultime bataille avec Dracula. «  Durant tout le concert, la vitesse d’origine est accélérée afin de gagner en dynamisme et de mieux coller aux arrangements du groupe.

Ce soir-là, le public a particulièrement bien réagi à la performance du quartet, n’hésitant pas à ponctuer les morts du personnage par des  »ooooh »,  »yeah » et autres onomatopées, ce qui en dit long sur son implication.  » C’est amusant de constater que beaucoup de personnes se sentent vraiment sous pression quand elles tiennent une manette en main. Elles ont l’impression de devoir de bien jouer pour donner du spectacle. Ce sentiment de partage de la pression avec le public est assez rare dans le milieu musical, mais pas désagréable « , rapporte le contrebassiste Ludovic.

Aujourd’hui, le groupe a plus d’une vingtaine de dates derrière lui et s’est notamment produit au cinéma Agnès Varda à Beauvais dans le cadre du Pixel Festival, qui mettait en avant la scène indépendante et les arts numériques. La formation a aussi partagé la scène avec des artistes chiptune comme Nicolas Cueille alias Seal of Quality, qui mélange partitions de guitare, synthé et chant vocodés sur des programmations de GameBoy. Et l’avenir dans tout ça ?  » On nous tanne pour reprendre du Mega Man et d’autres standards vidéo-ludiques, mais composer notre propre album nous ferait davantage plaisir. Cela dit, beaucoup de spectateurs nous suggèrent d’aller jouer notre show au Japon, ce qui reste notre but ultime. Quant à moi, j’adorerais avoir l’opportunité de jouer notre projet dans une grande salle d’arcade « , confie Romain d’un ton rêveur. Entre l’explosion des bar gaming et la présence de nombreuses salles d’arcade en France, cela devrait pouvoir se concrétiser sans trop de souci…

(Liens : Leur page FB et leur chaîne Youtube)

 

 

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[Review] …And Then You Shoot Your Cousin, The Roots.

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Ces dernières années, les membres de The Roots ont eu tendance à privilégier les collaborations avec d’autres artistes afin d’explorer davantage les voies de la soul (Wake Up ! avec John Legend en 2010), du R&B (Betty Wright : The Movie en 2011) et du blues (Wise Up Ghost avec Elvis Costello en 2013). Undun, leur dernier album maison, remonte déjà à 2011. Annoncé en juillet 2012 par Questlove, le batteur fondateur, …And Then You Shoot Your Cousin est désormais une réalité pour les fans de la formation de Philadelphie. Un autre ‘concept album’ aux sons surprenants. Impressions.

Après une intro très chouette tirée d’une chanson de feu Nina Simone, ce 11è album du groupe s’ouvre en douceur sur ‘Never’, qui compte sur la présence de la chanteuse de Patty Crash pour donner envie à l’auditeur d’aller plus loin. Manque de pot, l’effet est tout autre. On avait déjà entendu son renfort vocal sur le morceau ‘The Day’ dans l’EP de 2010 du crew de Philly : How I Got Over ? Le featuring était sans grand intérêt et j’ai beau l’avoir déjà écoutée plusieurs fois, cette nouvelle collaboration m’évoque des sitcoms américains pour ados. Le genre de morceau qui irait bien en générique sur des séries légères comme Tru Calling. Le beat reste lent, on reconnaît bien le groove de Questlove, mais le refrain peu inspiré avec miss Crash gâche un peu tout.

Il faut attendre la troisième chanson qui fait office de single, ‘When The People Cheer’, pour retrouver ses marques, avec le flow posé très propre de Greg Porn. La ligne de synthé de Kamal Gray vous rentre dans la tête en 10 secondes. C’est tout à fait le genre de son qu’on assimile instantanément à du The Roots. C’est joli, cela met bien en valeur le travail des MC’s et on imagine déjà les types pouvoir réarranger le tout en live de la plus belle des façons. Néanmoins, le refrain aurait peut-être gagné à être plus percutant. Je ne comprendrai jamais cette manie du hip-hop de balancer un featuring féminin banal en guise de refrain.

Pas grave, ‘The Devil’, tirée d’un morceau de Mary Lou Williams, s’avère une bonne transition. D’ailleurs, chaque interlude de l’album a sa place dans la playlist. Rien n’est superflu, à l’image des skits sans intérêt de dizaines d’EP hip-hop dans années 1990 (coucou certains albums solos des membres du Wu qui avaient autant de skits moisis que de morceaux). Le rendu pourra toutefois surprendre, comme ‘Dies Irae’ et ses samples agressifs conférant au passage une ambiance glauque très particulière.

Après le synthé, place au plan de grat’ qui envoie avec ‘Black Rock’. Diable que c’est bon de retrouver Dice Raw en guest sur cette compo de guitare de Captain Kirk Douglas. Le tout se veut rythmé, et quand le MC fondateur Black Thought pose sa voix dans le titre, on a juste envie de remuer sa tête et de voir ce que ça donne sur les planches. Nous sommes à la moitié de la setlist qui comprend 11 morceaux, et l’enchaînement entre ‘Black Rock’ et ‘Understand’ se montre parfait.

‘Understand’ (merde, un clip hip-hop sans poufs, piscines, liasses de billets ; et en plus c’est bien réalisé), c’est l’équivalent du tube qui définit à lui seul un groupe. L’identité The Roots est là dans son ensemble, avec un groove maîtrisé, de très bons flows et un air tellement bien trouvé. C’est simple, ça m’évoque les sons d’orgue du Yes de la grande époque, du calibre de ceux qu’on trouve sur un morceau comme ‘Parallels’. Pour ceux qui ne seraient pas convaincu par ces papys du rock progressif, restons en terrain connu pour affirmer que l’air d’orgue est de la trempe d’un ‘I Remain Calm’, le péché mignon de votre serviteur sur Do You Want More ?!!!??!

Avec ‘The Coming’, on entend à nouveau avec plaisir la voix de Mercedes Martinez. La chanteuse n’est pas à sa première apparition chez la bande à Questlove, puisqu’elle a notamment fait des backing vocals à l’époque d’Illadelph Halflife puis de Things Fall Apart. Plus récemment, elle a aussi poussé la chansonnette sur Game Theory, le 7è album studio de The Roots sorti en 2006. Si chaque album du groupe a une ambiance bien à lui, l’unité qui ressort de …And Then You Shoot Your Cousin peut renvoyer à celle des vieux films d’horreur. L’atmosphère est souvent pesante, en témoigne la dernière moitié du morceau ‘The Coming’ et ses sons parfois dissonants. Quant au beat hypnotique d’Ahmir ‘Questlove’ Thompson, il fait parfaitement le job.

Si le côté un brin guilleret de la musique classique est palpable au cours de l’album (c’était un peu le cas des derniers titres d’Undun), la fin du CD demeure sombre. Citons le morceau ‘The Dark’ – qui porte bien son nom -, sans oublier les samples obscurs et la réverb de la caisse claire sur ‘The Unraveling’. Je me demande vraiment comment le groupe va interpréter ceux-ci en live, si toutefois ils font partie des setlists à venir. Dans tous les cas, je leur fais confiance pour faire vivre et évoluer leur répertoire dans la bonne direction.

En termes d’écriture, l’album explore différents thèmes (la violence…) à partir de personnages fictionnels. Mais on apprécie surtout l’art de la rime bien trouvée et de la référence bien placée.

“ I’m down to 95 dollars / That’s the extent of my riches / Out of 99 problems, 98 of ‘em is bitches ”

Le genre de phase qui pourrait faire sourire Jay-Z, ou pas…

Enfin, rappelons que l’album est – pour le moment – dispo en streaming gratis par ici. Je dois déjà en être à 15/20 écoutes en deux jours… Bon, l’EP est court cela dit. Bref, j’ai beau avoir déjà vu les loustics en live 4 ou 5 fois, l’envie de m’en reprendre plein les oreilles est toujours aussi forte, surtout s’ils refont des shows de ce calibre en France.

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