Archives Mensuelles: octobre 2014

[Portrait] Mr. Garcin : les colles des fans.

Avril 2009 : mon premier voyage au Japon. Avec sieur Florent Gorges pour guide, une bonne quinzaine de loustics et moi-même découvrons Ôsaka, Kyôtô et la capitale nippone. Des paysages plein la tête et des rencontres passionnantes, dont le collègue et ami Boulapoire de Gamekult, Nyvek, un gros collectionneur Zelda dont je vous parlais ici, mais aussi monsieur X (anonymat oblige), un passionné de comics, entre autres. Désormais connu sous le pseudonyme de Mr. Garcin, le Montpelliérain s’est fait remarquer auprès de Marvel avec ses collages de super-héros. Retour sur un parcours atypique.

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De monsieur Garcin à Mr. Garcin

Les bandes-dessinées font partie des premières choses qui marquent l’enfance de monsieur Garcin. S’il apprécie des classiques de l’école franco-belge tels que Boule & Bill, Lucky Luke, Astérix ou Gaston Lagaffe, ce sont surtout les histoires du Professeur Xavier, de Tony Stark et Peter Parker qui le fascinent.

Très jeune, j’ai aimé découper des magazines de jeux vidéo afin d’en extraire mes jeux favoris ou bien des magazines de cinéma pour réaliser les jaquettes de mes VHS enregistrées. J’étais déjà très à l’aise avec une paire de ciseaux à la main. Je me suis aussi essayé au dessin mais après quelques années, j’ai dû me rendre à l’évidence : je n’étais pas vraiment doué pour ça.

Aujourd’hui, le trentenaire toujours souriant a un pseudo, Mr. Garcin, et un costume de Lucha Libre dont il ne se sépare jamais pour incarner son personnage. Un masque qu’il a porté à sa toute première exposition en 2010, lors d’une soirée déguisée.

Recadré

Divers artistes étaient invités (musiciens, poètes, DJs, etc.) et on m’a proposé d’y exposer mes tableaux. Quelques mois auparavant, mon cousin m’avait offert pour mon anniversaire un masque de catcheur mexicain nommé Black Shadow. Ce fut l’occasion parfaite pour l’utiliser. Lors de cette soirée, je fus souvent pris en photo avec mon masque devant mes tableaux et le lendemain, voyant le résultat sur Facebook, je me suis dit que ce serait vraiment dommage de ne plus l’utiliser. J’ai toujours aimé les artistes masqués comme Daft Punk et Kiss. Je trouve ça fun! Depuis, je ne le quitte plus!

Le déclic du Spider Eye

Fin 2011, Mr. Garcin réalise le Spider Eye, un collage à base de nombreux Spidey découpés qui forment l’œil de l’homme-araignée. Peu de temps après, Marvel lui envoie un mail. Non pas pour des questions de droits comme l’intéressé en a peur, mais pour lui proposer d’acheter son travail afin d’en faire la couverture du numéro 700 de Spider-Man.

Spider Eye

Cette oeuvre façon fresque restera celle dont Mr. Garcin est le plus fier, encore maintenant.

Je trouve que c’est l’un des plus réussis graphiquement. Puis grâce à lui, il m’est arrivé tellement de belles choses.

S’en suivront alors de nombreuses commandes, toutes basées sur divers super-héros : Daredevil, Iron Man, Captain America, Nova, Thor, etc.

American Star

Qu’il s’agisse de commandes ou de travaux purement personnels, l’artiste y insuffle la même passion.

Ce qui est bien avec les commandes, c’est qu’elles me font bosser sur des choses que je n’aurais pas fait de moi-même. Bien entendu, j’avoue que j’ai plus de plaisir à travailler sur une idée que j’ai eu car elle résulte d’une envie.

Un artiste qui (dé)colle

Réaliser une fresque peut lui prendre environ 200 heures de travail. Autant dire qu’il est préférable de savoir où l’on va.

Je réalise toujours un patron numériquement, que j’imprime en taille réelle afin qu’il me guide tout au long du collage. Je découpe ensuite toutes les pièces dont j’aurai besoin, puis je les colle directement sur le patron. Malgré cela, il est malheureusement impossible d’avoir une idée exacte de ce que va donner le résultat final. Il faut donc bien réfléchir en amont à l’aspect visuel du collage afin de ne pas se planter.

Mr. Garcin a désormais acquis un certain savoir-faire dans l’art fastidieux du collage, un art qui peut montrer quelques limites, ce qui ne l’inquiète pas une seconde.

Je ne m’en fait pas quant à l’évolution de mes travaux puisque j’ai pas mal d’idées derrières la tête! Par exemple, les collages que je réalisais il y a 4 ans n’ont rien à voir avec mes dernières créations. L’évolution s’est faite naturellement.

D’ailleurs, il n’omet pas la possibilité, un jour, de tenter un mélange entre la photo et le collage… Sans aucune formation des Beaux-Arts et nul en dessin comme il aime le répéter, Mr. Garcin maîtrise l’art de la débrouillardise. Et il en faut, ne serait-ce que pour dégoter la matière première nécessaire à ses nombreux collages.

Mon appartement est devenu un vrai cimetière de comics! Ils s’empilent un peu partout même si j’essaie de les trier! J’ai pu m’en procurer dès mes débuts un grand nombre grâce à un ami qui tenait une librairie d’occasion. Il avait énormément de Strange, Spidey et autre comics vintage qu’il me laissait à des prix imbattables pour m’encourager. Depuis, il s’est associé avec un autre ami qui tenait lui aussi une librairie, devenant ainsi – avec leur Librairie « Planètes Interdites » à Montpellier –  mes fournisseurs officiels.

Ayant toujours aimé chiner, Mr. Garcin va également régulièrement dans des magasins d’occasion, se rend à Emmaüs, fait des vide-greniers, etc… Il lui arrive aussi de commander sur Internet des choses bien précises, comme par exemple l’encyclopédie des Simpsons qui lui a servi à réaliser le portrait d’Homer.

Homer

S’il découpe principalement des comics des années 60, 70 et 80 (qu’il trouve graphiquement plus intéressant), Mr. Garcin s’intéresse aussi depuis peu à des œuvres plus récentes. Désormais, lorsqu’il réalise un collage sur un personnage bien précis, il aime balayer toute son histoire. Mais ce n’est pas pour autant qu’il lit beaucoup de comics, au contraire.

En fait, j’en lis très peu mais me tiens régulièrement au courant de ce qui s’y passe! Je préfère les découper ! Quant au passage des comics sur grand écran, c’est plutôt une bonne chose quand on voit des films tels que The Dark Knight, Spider Man (Sam Raimi), Sin City, Watchmen ou Les Gardiens de la Galaxie. De plus, ça a relancé l’industrie des comics, et pas qu’un peu! La seule chose que je trouve dommage, c’est que les comics sont de plus en plus violents et sombres. J’ai l’impression qu’il n’en reste que très peu qui s’adressent aux enfants.

La rencontre avec Stan Lee

Au fil du temps, les collages de Mr. Garcin lui permettent d’acquérir une certaine notoriété et donc d’être invité sur plusieurs salons dont les Comic Con de Paris, Londres et Nashville. C’est d’ailleurs dans la capitale du Tennessee qu’on lui présente Stan Lee, co-créateur de Spider-Man, Hulk, Iron Man, X-Men et tant d’autres.

With Stan Lee

J’avoue que je n’en ai pas mené large! Et encore moins quand il m’a dit « good job » ! Je suis resté bouche bée et donc, je ne lui ai pratiquement rien dit. Ça reste un moment unique!

Stan Lee!

Le Comic Con de Nashville avait organisé un concert dans un immense bar un soir avec un groupe japonais de folie : PeelanderZ. Leurs concerts sont complètement fous! Tous les membres du groupe sont déguisés et font régulièrement participer le publique! Lors de ce concert, j’ai pratiqué mon 1er slam dans une foule déchaînée! Ils m’ont également fait monter sur scène pour me faire taper sur un tambour! Parmi les meilleurs concerts que j’ai fait! Lors de ce Comic Con, alors que j’étais en train de me changer vite fait en coulisse, Bruce Campbell [le fameux acteur des films Evil Dead] est passé devant moi alors que j’étais torse nu puis s’est écrié en rigolant : Est ce que je vais voir la suite ?

Grâce aux Comic Con et aux autres festivals, Mr. Garcin a pu rencontrer de nombreux artistes, dont Adi Granov (dessinateur Marvel et designer de l’armure du film Iron Man), Manchu (créateur de l’Odysseus d’Ulysse 31), David Finch (Dessinateur de Batman,etc.), Warwick Davis (Willow)…

Prochainement, chez Mr. Garcin

Récemment, il a créé son premier collage à base de mangas avec la saga Ken le Survivant. Il compte d’ailleurs en réaliser plusieurs afin de rendre hommage à ses héros nippons préférés. On devrait également voir prochainement un collage basé sur tous les albums d’une série franco-belge culte : Astérix.

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Rappelons que l’artiste est apparu dans les pages du livre Geek-art vol.2, une anthologie d’illustrations basées sur la culture pop’ dans laquelle 6 pages lui sont consacrées.

Cette fin d’année semble riche en événements pour Mr. Garcin qui sera dans un premier temps les 8 & 9 novembre au Hero Festival à Marseille, où il vendra ses prints et animera un atelier de découpage. Plus tard dans le mois – les 22 & 23 -, il sera présent sur l’artist alley du Comic Con parisien.

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Et comme l’homme a de nombreux projets en cours, 2015 semble d’ores-et-déjà bien rempli puisqu’il prépare deux expositions : une pour la galerie Arludik en mars à Paris, dont les gérants sont les mêmes que ceux du Musée Artludique, et une seconde en avril à l’Hôtel ‘Pullman Palm Beach’ à Marseille. Histoire de boucler la boucle, le ‘Spidey Eye’ qui l’a fait connaître auprès de Marvel sera la couverture d’un gros livre intitulé 75 ans d’art et de couvertures Marvel, à paraître début 2015. De quoi être incollable sur le sujet…

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L’exposition Genesis 2014 : une véritable fresque vidéo-ludique.

Du 27 mars au 31 mai 2014 se tenait en plein cœur de New York Genesis 2014, une exposition originale présentée à la galerie Kim Foster. L’idée est simple : revisiter des tableaux de la Renaissance avec l’imagerie des jeux vidéo des années 1990, période Mega Drive (ou Genesis aux États-Unis). Daniel Hernandez, l’homme à l’origine du projet, nous en dit davantage.

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Du Street Fighter II chez Léonard de Vinci ?

Depuis le début des années 2000, le travail de Daniel Hernandez s’expose à travers le monde dans diverses galeries américaines et européennes. Actuellement professeur à l’université de Toledo dans l’Ohio, l’artiste explore depuis une décennie maintenant les rapports visuels qu’il peut y avoir entre l’histoire de l’art et celle des jeux vidéo. L’intéressé nous raconte comment a germé cette idée un peu folle de rapprocher le rendu de peintures mythiques avec le design de certaines créations vidéo-ludiques.

« Le concept est né par hasard, tandis que je me trouvais à la galerie des Offices à Florence. Ayant passé beaucoup de temps en Italie entre 2002 et 2005, j’ai eu l’opportunité d’arpenter cette galerie plus d’une fois. Lors d’une des visites, j’ai eu comme une sorte de déclic alors que je contemplais l’œuvre de Léonard de Vinci nommée Annonciation. Tout d’un coup, j’ai réalisé qu’il y avait une connexion très forte entre celle-ci et le jeu de combat de Capcom : Street Fighter 2. »

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Les images mises côte à côte, on ressent effectivement des points communs entre les deux œuvres : la dualité des deux personnages, les poses de Ken et Guile évoquant respectivement celles de l’Ange Gabriel et la Vierge Marie, les décors directement liés aux protagonistes (la base militaire pour le lanceur de ‘Sonic Boom’, le jardin clos rappelant la virginité de Marie), etc. Qui plus est, elles ont un point commun qui n’aura échappé à personne : l’utilisation de la 2D. Daniel Hernandez précise :

« Une grande partie de mon travail est basée sur l’existence de similitudes entre le langage visuel de la peinture et celui des jeux vidéo. Les systèmes et méthodes employés pour générer l’imagerie vidéo-ludique ont de fortes ressemblances avec ceux utilisés au cours de l’histoire de l’art. En tant qu’artiste, j’essaie d’exister entre ces deux formes d’art, d’être les deux à la fois et même temps aucune des deux. »

L’exposition Genesis 2014 proposait aux visiteurs pas moins d’une douzaine de tableaux créés entre 2013 et 2014, le premier du lot à avoir été réalisé répondant au nom de Nocturn. On y voit un affrontement entre deux factions rouges et bleues, dans un style qui n’est pas sans rappeler les manic shooters, un sous-genre des shoot’em up où les tirs des vaisseaux ennemis inondent l’écran. En termes de technique, toutes les œuvres sont le fruit d’un mélange de peinture traditionnelle à la main et d’éléments de collage via Photoshop.

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Nocturn (2013).

God Game.

Pour le joueur Américain, le double sens du nom de l’exposition est évidente, la Genèse ayant à la fois une connotation religieuse et ludique du fait du nom de la 16 bits de SEGA là-bas. Mais pour Dan Hernandez, le terme ‘Genèse’ évoque davantage le jeu que la religion.

« Je ne me considère pas comme une personne religieuse même si, enfant, j’allais à l’église avec ma famille. En conséquent, l’intérêt que je porte aux peintures religieuses est moins lié à mes croyances qu’à mon attrait pour l’histoire de l’art. J’ai grandi dans les années 1980 et ‘90 et j’ai eu la chance de posséder beaucoup de consoles de cette époque. Quand j’entends le mot ‘Genèse’, je suis donc plus enclin à l’associer à SEGA qu’à la Bible. »

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Segacielo Civita (2013).

Pièce maîtresse.

Parmi les thèmes explorés dans les peintures de Dan Hernandez, on peut citer une vision bon enfant voire surréaliste de la violence. Comme dans Streets of Rage et d’autres productions d’antan, la représentation de la violence a une couleur cartoon presque naïve, quelque part.

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Streets of Rage (ou Bare Knuckle), 1991.

« Mon travail présente une vision faussée de la violence, celle qui est transmise via les médias : la télévision, le cinéma et aussi le jeu vidéo. La violence de mes œuvres est purement symbolique, compte tenu de ma position privilégiée. En tant qu’homme Blanc, de classe moyenne vivant en banlieue, je n’ai pas ou très peu de rapport direct avec la violence. »

Dans les jeux vidéo comme dans l’art, certaines étapes semblent plus marquantes que d’autres. Daniel Hernandez en profite pour revenir sur le jeu qui lui paraît le plus marquant.

« Pour se rendre compte à quel point une œuvre a marqué son domaine, il faut regarder celles qui seront réalisées par la suite afin de déterminer si l’on ressent ou non son empreinte. Dans le milieu du jeu vidéo par exemple, je pense que Super Mario Bros. est un jeu d’une importance capitale. Sans être un historien, j’ai le sentiment qu’il s’agit d’un des premiers titres à avoir introduit le concept de pièces à collecter comme élément additionnel de gameplay. Cette idée d’enrichir un jeu avec une activité de collecte optionnelle est désormais très répandue. Le titre de Nintendo a aussi ouvert la voie du side-scroller, le genre étant encore bien représenté de nos jours. »

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Super Mario Bros., 1985.

Précisons que Mario Bros., sorti en 1985 au Japon, n’a pas inventé à proprement parler ce concept de pièce à récupérer en tant que principe secondaire de gameplay. D’autres jeux ont introduit l’idée auparavant, à l’image des sacs de pièces dans Le Bagnard – Bagman aux États-Unis -, le premier jeu arcade français sorti en 1982.

Pour ceux qui auraient envie de voir les travaux de Daniel Hernandez, précisons que l’exposition « Genesis » se tient tout au long du mois d’octobre à l’Université du Michigan. Les visiteurs peuvent y voir d’anciennes œuvres comme des nouvelles. L’artiste est également à l’affiche du musée Beit Ha’ir à Tel Aviv jusqu’en 2015 dans « Immersion », une exposition axée sur la culture vidéo-ludique dans son ensemble. Enfin, il sera aussi présent aux côtés de deux autres de ses pairs dans les locaux du CONTEXT – Art de Miami en décembre 2014.

 

[Merci à Daniel Hernandez, Kim Foster, Greeg Da Silva, William Audureau]

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