L’exposition Genesis 2014 : une véritable fresque vidéo-ludique.

Du 27 mars au 31 mai 2014 se tenait en plein cœur de New York Genesis 2014, une exposition originale présentée à la galerie Kim Foster. L’idée est simple : revisiter des tableaux de la Renaissance avec l’imagerie des jeux vidéo des années 1990, période Mega Drive (ou Genesis aux États-Unis). Daniel Hernandez, l’homme à l’origine du projet, nous en dit davantage.

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Du Street Fighter II chez Léonard de Vinci ?

Depuis le début des années 2000, le travail de Daniel Hernandez s’expose à travers le monde dans diverses galeries américaines et européennes. Actuellement professeur à l’université de Toledo dans l’Ohio, l’artiste explore depuis une décennie maintenant les rapports visuels qu’il peut y avoir entre l’histoire de l’art et celle des jeux vidéo. L’intéressé nous raconte comment a germé cette idée un peu folle de rapprocher le rendu de peintures mythiques avec le design de certaines créations vidéo-ludiques.

« Le concept est né par hasard, tandis que je me trouvais à la galerie des Offices à Florence. Ayant passé beaucoup de temps en Italie entre 2002 et 2005, j’ai eu l’opportunité d’arpenter cette galerie plus d’une fois. Lors d’une des visites, j’ai eu comme une sorte de déclic alors que je contemplais l’œuvre de Léonard de Vinci nommée Annonciation. Tout d’un coup, j’ai réalisé qu’il y avait une connexion très forte entre celle-ci et le jeu de combat de Capcom : Street Fighter 2. »

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Les images mises côte à côte, on ressent effectivement des points communs entre les deux œuvres : la dualité des deux personnages, les poses de Ken et Guile évoquant respectivement celles de l’Ange Gabriel et la Vierge Marie, les décors directement liés aux protagonistes (la base militaire pour le lanceur de ‘Sonic Boom’, le jardin clos rappelant la virginité de Marie), etc. Qui plus est, elles ont un point commun qui n’aura échappé à personne : l’utilisation de la 2D. Daniel Hernandez précise :

« Une grande partie de mon travail est basée sur l’existence de similitudes entre le langage visuel de la peinture et celui des jeux vidéo. Les systèmes et méthodes employés pour générer l’imagerie vidéo-ludique ont de fortes ressemblances avec ceux utilisés au cours de l’histoire de l’art. En tant qu’artiste, j’essaie d’exister entre ces deux formes d’art, d’être les deux à la fois et même temps aucune des deux. »

L’exposition Genesis 2014 proposait aux visiteurs pas moins d’une douzaine de tableaux créés entre 2013 et 2014, le premier du lot à avoir été réalisé répondant au nom de Nocturn. On y voit un affrontement entre deux factions rouges et bleues, dans un style qui n’est pas sans rappeler les manic shooters, un sous-genre des shoot’em up où les tirs des vaisseaux ennemis inondent l’écran. En termes de technique, toutes les œuvres sont le fruit d’un mélange de peinture traditionnelle à la main et d’éléments de collage via Photoshop.

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Nocturn (2013).

God Game.

Pour le joueur Américain, le double sens du nom de l’exposition est évidente, la Genèse ayant à la fois une connotation religieuse et ludique du fait du nom de la 16 bits de SEGA là-bas. Mais pour Dan Hernandez, le terme ‘Genèse’ évoque davantage le jeu que la religion.

« Je ne me considère pas comme une personne religieuse même si, enfant, j’allais à l’église avec ma famille. En conséquent, l’intérêt que je porte aux peintures religieuses est moins lié à mes croyances qu’à mon attrait pour l’histoire de l’art. J’ai grandi dans les années 1980 et ‘90 et j’ai eu la chance de posséder beaucoup de consoles de cette époque. Quand j’entends le mot ‘Genèse’, je suis donc plus enclin à l’associer à SEGA qu’à la Bible. »

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Segacielo Civita (2013).

Pièce maîtresse.

Parmi les thèmes explorés dans les peintures de Dan Hernandez, on peut citer une vision bon enfant voire surréaliste de la violence. Comme dans Streets of Rage et d’autres productions d’antan, la représentation de la violence a une couleur cartoon presque naïve, quelque part.

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Streets of Rage (ou Bare Knuckle), 1991.

« Mon travail présente une vision faussée de la violence, celle qui est transmise via les médias : la télévision, le cinéma et aussi le jeu vidéo. La violence de mes œuvres est purement symbolique, compte tenu de ma position privilégiée. En tant qu’homme Blanc, de classe moyenne vivant en banlieue, je n’ai pas ou très peu de rapport direct avec la violence. »

Dans les jeux vidéo comme dans l’art, certaines étapes semblent plus marquantes que d’autres. Daniel Hernandez en profite pour revenir sur le jeu qui lui paraît le plus marquant.

« Pour se rendre compte à quel point une œuvre a marqué son domaine, il faut regarder celles qui seront réalisées par la suite afin de déterminer si l’on ressent ou non son empreinte. Dans le milieu du jeu vidéo par exemple, je pense que Super Mario Bros. est un jeu d’une importance capitale. Sans être un historien, j’ai le sentiment qu’il s’agit d’un des premiers titres à avoir introduit le concept de pièces à collecter comme élément additionnel de gameplay. Cette idée d’enrichir un jeu avec une activité de collecte optionnelle est désormais très répandue. Le titre de Nintendo a aussi ouvert la voie du side-scroller, le genre étant encore bien représenté de nos jours. »

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Super Mario Bros., 1985.

Précisons que Mario Bros., sorti en 1985 au Japon, n’a pas inventé à proprement parler ce concept de pièce à récupérer en tant que principe secondaire de gameplay. D’autres jeux ont introduit l’idée auparavant, à l’image des sacs de pièces dans Le Bagnard – Bagman aux États-Unis -, le premier jeu arcade français sorti en 1982.

Pour ceux qui auraient envie de voir les travaux de Daniel Hernandez, précisons que l’exposition « Genesis » se tient tout au long du mois d’octobre à l’Université du Michigan. Les visiteurs peuvent y voir d’anciennes œuvres comme des nouvelles. L’artiste est également à l’affiche du musée Beit Ha’ir à Tel Aviv jusqu’en 2015 dans « Immersion », une exposition axée sur la culture vidéo-ludique dans son ensemble. Enfin, il sera aussi présent aux côtés de deux autres de ses pairs dans les locaux du CONTEXT – Art de Miami en décembre 2014.

 

[Merci à Daniel Hernandez, Kim Foster, Greeg Da Silva, William Audureau]

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